Et si c'était vous ?

Un projet Exils Intramuros


Comme un basculement, une sensation d'écœurement, une situation barbare s'est installée à Paris, en France, en Europe.

Bien sûr il y a cette effroyable montée des crimes antisémites et du racisme.

Mais le peuple rom (ou tsigane) est très durement discriminé dans divers pays d'Europe, principalement la Roumanie et la Bulgarie, mais aussi l'Albanie, la Macédoine, la Hongrie, les pays de l'ex Yougoslavie, il est donc contraint à l'exil. Victime de la barbarie nazie, il en a aussi payé un très lourd tribut. Le travail des historiens encore en cours estime jusqu' à 1 millions le nombre de morts, peut être plus...

Aujourd'hui en France, des familles roms pour la plupart vivent un racisme et un exil permanent.
Ce ne sont pas des nomades mais des migrants, des citoyens européens, au coeur de la construction européenne. Ils arrivent en France en toute légalité, mais pourtant depuis des années, l' Etat français de droite comme de gauche les ignore et n'a d'autre projet politique que de les chasser, de les stigmatiser.

"Leur existence est une dissidence"
Jean-Pierre Liégeois



Démanteler systématiquement les bidonvilles est absolument cynique, inefficace et extrêmement coûteux. La circulaire interministérielle du 26 aout 2012 qui prévoit le relogement des familles expulsées n'est pas suffisamment appliquée et bon nombre se retrouvent à la rue. Le travail des associations auprès des enfants est à chaque fois anéanti, ils seront à nouveau déscolarisés.
Cette politique renforce et encourage les préjugés racistes à l'encontre des roms. Combien de morts depuis des années en France dans des incendies, ou victimes d'accidents ?... De plus, il n'y a pas de trêve pour les squats et les bidonvilles, les expulsions continuent même pendant l' hiver !

Totalement sidéré par ce scandale social, moral et politique j'ai commencé à faire des photos de ces familles en juillet 2012 dans les rue de Paris, entre Bastille et République.
Régulièrement, très tôt le matin, pendant leur sommeil, et ce jusqu'en novembre 2014.

Voir à ce sujet : La République Chouma.


"Aussi longtemps que ces enfants n’auront pour dormir que ces lits d’asphalte et de carton,
nous n’aurons d’autre choix que déranger le sommeil des institutions."
Jacques DEBOT, écrivain rom.

Comme me l'a rappelé Geneviève Garrigos, présidente d' Amnesty International France, "la France a co-rédigé la Déclaration Universelle des droits de l'homme et ratifié le protocole international pour les droits économiques et culturels qui lui donnent obligation de garantir à chacun un logement digne. Il est effectivement plus que temps que la France ne se limite pas à adopter des conventions internationales, il faudrait qu'elle les applique !"

"En ne faisant rien pour aider les Roms, on favorise leur rejet"
Jean-Michel Delarbre, membre de la Ligue des droits de l’homme.



La France doit être capable de permettre à tout un chacun de se redresser et de retrouver le chemin de son autonomie. Vivre dans la rue est aujourd'hui la crainte de nombreux Français qui anticipent les effets dévastateurs de la crise. Il est de l'intérêt de n'importe quel gouvernement de montrer qu'en France, on ne meurt pas de pauvreté !

En mai 2014, aidés par Marie Sygne Leca, Fabien Nowak et Sophie Melki, je fonde avec Eliette Abécassis, le collectif EXILS INTRA MUROS.

Nous lançons la campagne citoyenne :
"ET SI C'ÉTAIT VOUS ?
Pour que toutes les familles et leurs enfants puissent avoir un toit dans notre ville !"

Afin d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics, je contacte et sensibilise des personnalités pour les prendre en photos dans la rue, le plus souvent dans des cabines téléphoniques.
Faire dormir les uns, afin de réveiller les autres.

Je tiens à vivement remercier pour leur participation à cette action photographique et militante les personnalités suivantes :

Sanseverino, Eliette Abécassis, Louis de Gouyon Matignon, Robi, La Rue Kétanou, Yvan Le Bolloc'h, Antoine Ly, John-Paul Lepers, Imbert Imbert, Dominique Sopo, Sylvie Gracia, Camille Moravia, Lamine Hasni, Leïla Kaddour Boudadi, Gilbert Melki, Didier Bezace, Lucien Bouchara, Wallace Etyoumi, Juliette Méadel, Mathilde Serrell, Geneviève Garrigos, Eric Pliez, Serge Avédikian, Raymond Gurême, Martine Voyeux, Laurent Gaudé, Jean-Michel Ribes...

**********************Slogan : Eliette Abécassis
*********Design graphique : Christian Kirk Jensen
Concept photographique : ©Marc Melki


"Des enfants dorment dans la rue".
Par Eliette Abécassis


La situation est indigne de notre époque. Ce sont des visions d’un autre temps, ces enfants qui dorment à même le trottoir, dans des guenilles, parfois pieds nus.

Des budgets pharaoniques sont débloqués pour reconstruire les quais de Paris alors que des bébés dorment sur le trottoir. Sommes-nous devenus à ce point fous ?

Il est inadmissible que dans notre pays des bébés dorment sur le trottoir.
Il est révoltant de raser les campements des Roms avec des bulldozers, sans les reloger (circulaire interministérielle du 26 aout 2012).

Nous demandons que l'état et la ville loge les familles, quelle que soit leur nationalité. 
Nous demandons que les politiques, le gouvernement et les mairies luttent contre toutes les discriminations et les dénoncent haut et fort.

Nous demandons que le gouvernement arrête de raser et détruire les campements sans offrir de solution de relogement digne.

Sortir notre pays de la honte et de la haine de l’autre !



Le 23 octobre 2014 à 9h08,

“Franchement, ça fait pas du bien ! Le regard des gens…

Franchement certains politiques devraient vivre l’expérience pour s’en rendre compte, ça rendrait les choses plus dynamiques. Ca reste une expérience, mais du coup tu prends la dimension, des gens pour qui ce n’ est pas une expérience, mais juste la réalité.

Franchement je savais que j’allais me réveiller et que j’allais me barrer. Donc ça allait encore…

Mais j’essayais de me dire, que si je devais rester juste là pour de vrai et pour je ne sais pas combien de temps…? Tu as une sensation d’enfermement cérébral en plein air. Franchement c’est un sale trip !”



Ridan.




Le 3 octobre 2014 à 8h47,



Didier Bezace.




Le 3 septembre 2014 à 7h42,

“Dans mon métier de journaliste, je me mets à la hauteur des personnes que je rencontre. Face à face. Question de respect et d’égalité.

Avec l’expérience “Exils Intra Muros”, je me suis rendu compte que ces notions n’existent pas, pour ceux qui dorment à même le sol. Couché sur le bitume, on se sent très vite “inférieur”. Plus question d’égalité. Dormir sous un toit, être protégé du froid…c’est une question de dignité.”



Antoine Ly.




Le 9 septembre 2014 à 8h11,



Dominique Sopo.




Le 17 juillet 2014 à 8h07,

“Qu’est-ce que tu fous debout à 7h du mat ?

- Je me prépare à m’allonger dans une cabine téléphonique pour Marc Melki.

- Tu te lances dans le caritatif, plutôt côté Jr ou côté Yann Arthus Bertrand ?

- T’as le droit d’être cynique et même désobligeante, j’aurais sûrement fait pareil à ma place. C’est juste que y’a des gens dans la rue, qu’ils y vivent, dans le regard de certains ils encombrent autant que les pigeons, souvent on regarde ailleurs, le plus vite possible on oublie. Je vais pas te sortir la carte prise-de-conscience-solidarité, le type se bouge le cul, me lever à 7h c’est pas si compliqué. D’ailleurs si ça te dit tu le contactes, il est sur facebook.”



Camille Moravia.




Le 28 novembre 2014 à 8h23,

“On ne peut pas accepter que des hommes, des femmes et de plus en plus d’enfants dorment dehors. N’amenageons pas la rue, aidons les gens à en sortir.”



Eric Pliez.




Le 13 février 2015 à 9h37,



François Morel.




Le 15 octobre 2014 à 8h34,



Aya Cissoko.




Le 7 octobre 2014 à 8h23,



Gilbert Melki.




Le 30 mai 2014 8h01,

Depuis 2 ans, il les photographie. Très souvent le matin, dès l’aube, il se lève, prend son appareil photo et il sort de chez lui. Il sait que ce ne sera pas facile; il a le coeur meurtri. Ils sont là, en bas de chez lui. Théo, Narcisse, Alin, Mariana, et les autres. Ils ont 1an, 3, 4, ou 10 ans. Ils dorment sur le trottoir, avec leur mère, parfois seuls, ils se serrent sous leur couverture rouge, ils se terrent dans leur sommeil. Les Gavroche d’aujourd’hui, sur la place de la Bastille, ne font pas la Révolution. Ils ont faim, ils ont froid, ils ont peur. On les chasse, on passe devant eux comme s’ils n’existaient pas. Ils sont là, et tout le monde trouve cela parfaitement normal.

Depuis un an, obsessionnellement, rituellement, Marc Melki photographie les familles Roms en train de dormir dans la rue. Pour ne pas les gêner, il les immortalise dans leur seul moment paisible; une cabine téléphonique, sur des cartons, ou contre un coin de mur. Ceux qu’on a délogés, ceux qui n’ont plus le droit d’être ici, ceux qui n’ont plus le droit d’être: il leur redonne un visage, une identité, une dignité, par l’alchimie de l’art. L’art, c’est la vérité. La seule vérité, sans doute. Même quand elle est indicible. Sous son regard, remplis d’humanité, sous son regard, ils sont beaux, éternellement beaux.



Eliette Abécassis.




Le 10 février 2015 à 8h30,

“Je me sentais comme les gens que je vois chaque jour dans la rue.”



Jacques Gaillot.




Le 29 décembre 2014 à 11h57.



Jean-Michel Ribes.




Le 17 septembre 2014 à 7h59,

“D’abord, cette odeur de pisse. J’avais pas pensé à ça. J’ai fermé les yeux, et petit à petit elle s’est atténuée. On s’habitue. Je me suis demandé si les enfants aussi finissent par s’en accommoder…Cette idée m’a tellement foutu les boules que j’ai rouvert les yeux et le battement de mes cils a suffi à la faire revenir.

Ouf, j’étais sauvé, je regardais le monde en face et c’est pas beau à voir, mais je ne m’en accommodais plus et c’est le début de la dignité.”



Imbert Imbert.




Le 12 septembre 2014 à 8h39,



John-Paul Lepers.




Le 20 octobre 2014 à 8h31,



Juliette Meadel.




Le 18 décembre 2014 à 9h17,



Laurent Gaudé.




Le 22 juillet 2014 à 8h38,

“Désastre contemporain.

Ça fait quoi de s’abriter dans une cabine? Y chercher un peu d’intimité et de chaleur ça fait quoi? Avoir le trottoir pour matelas, sentir le métro passer sous sa tête, essayer de dormir avec le bruit des voitures en berceuse, chercher une position confortable, ne pas la trouver, se retourner et voir les pieds des passants indifférents ou impuissants, ça fait quoi?

Et qu’est-ce que tu dis à l’enfant qui dort avec toi?

On va faire un grand jeu.

Celui du pays ou l’on devait vivre mieux, parce qu’on en a les moyens, au lieu de faire la politique du thermomètre en hiver et de les loger au cas par cas, prévoir toute l’année un accueil pour les Roms et les délaissés, les enfants en priorité, réveillons-nous, il y a de la place pour tout le monde.”



Julie Sauret et Mourad Musset_La Rue Kétanou.




Le 2 octobre 2014 à 8h41,



Leïla Kaddour Boudadi.




“Un soir, Marc mon copain, m’explique ce travail dans lequel il est engagé depuis un certain temps. Montrer les gens et leurs enfants dans les rues. ( Les délaissés, les ceux “qu’on n’est pas de chez eux”. Bref, ton voisin, ton cousin ou ton frère dans la rue !

Et j’ai compris. Que j’étais le cousin etc… Et moi dans la rue. Mets toi dans une cabine… Une autre cabine…

Dans la rue. Et tu verras et comprendras que… Regarder la vie à l’horizontale, dans la rue, c’est un autre angle de vue. Regarde et pense à l’autre, ton voisin ton frère !”



Lamine Hasni.




Le 10 novembre 2014 à 8h 27,

Geneviève Garrigos Présidente d’Amnesty International France, le 10 novembre 2014 à 8h 27.
Texte et photo publiés dans La Chronique, le mensuel d’ AMNESTY INTERNATIONAL (janvier 2015).

“Être dépossédée de ce que je n’ai pas.

On s’allonge gauchement. On ferme les yeux. Le premier choc est olfactif.Poussière sèche, feuilles mortes, essence, goudron. Le nez sur le trottoir, la rue n’a plus la même odeur. Le froid pénètre les interstices, il mord. Puis les bruits. Celui des voitures qui glissent sur la chaussée, les pavés. Les motos plus légères, les bus qui soupirent. On les sent si proches.On se recroqueville encore davantage. La cabine téléphonique est de plus en plus grande. Enfin, les bruits de ceux qui passent, qui regardent mais ne s’arrêtent pas. On les imagine et ils deviennent réels. Un voisin ?

Une personne qui me connaît, que je connais ? Et là tout bascule. On sort de l’expérimentation, de l’exploration. La honte s’insinue poussée par les préjugés que nous combattons mais qui restent tapis, prêts à resurgir. Honte que de me voir couchée on puisse déduire que je n’ai pas su ou eu la force de m’accrocher au monde de ceux qui se lèvent pour travailler, ont un salaire, un toit. De n’avoir plus personne pour m’aider, me soutenir. D’ être condamnée à mourir de la violence de la rue. Cela ne pourrait être que le fruit de mes faiblesses.

Ce matin, avant de venir j’ai pris une douche. J’ai mis des vêtements propres. Je m’accroche à ce souvenir pour échapper à la déshumanisation que me renvoient les pas résonnants sur le trottoir sans même ralentir. Je suis là mais je n’ existe déjà plus. Je voudrais me lever et hurler, “non ce n’est pas, c’est pour la photo”. Mais si demain je n’avais plus rien, si ma vie basculait saurais-je comment continuer à flotter ? En aurais je la force ? La volonté ? Une voiture s’arrête. Une portière claque. Des pas.

La peur remplace la honte. Peur des policiers qui viendraient m’extraire de force. Peur d’ être agressée, rouée de coups car rien ne peut me protéger. Je m’accroche à la mince couverture qui ne peut me servir de bouclier. Être dépossédée de ce que je n’ai pas, violenter parce que femme, humiliée car si démunie. Abandonnée. Les pas s’éloigne et je me surprend à me sentir soulagée. Comment vit-on la rue, la peur, la faim ? D’autres pas s’arrêtent, tout près. Je ne vois pas mais je sens une présence, un regard. J’entend une voix, étrangère, impatiente. De femme. J’ouvre les yeux et je découvre une vieille dame qui, inquiète de me voir couchée, de voir un homme me photographier à mon insu, l’interpelle et veut ouvrir la cabine. Cette femme soulagée de me voir me lever et lui sourire, cette femme qui porte en elle l’humanité de la rue, cette femme est une grand-mère rom.”



Geneviève Garrigos.




Le 11 octobre 2014 à 9h17,



Lucien Bouchara.




Le 12 novembre 2014 à 8h45,



Mathilde Serrell.




Le 12 juillet à 8h24,

“Je suis très heureux d’avoir pu participer à la campagne Exils Intra Muros. Aujourd’hui, 15 000 à 17 000 Roms vivent en France dans des conditions que nous ne pouvons plus tolérer.

Peuple européen aux racines indiennes, les Roms sont nos concitoyens; nous devons rester dignes, les protéger et les aider, afin que la vie vécue par ces hommes, ces femmes et ces enfants, corresponde à la vie rêvée par ceux qui écrivaient :

Les Hommes naissent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent êtres fondées que sur l’utilité commune.”



Louis de Gouyon Matignon.




Le 5 décembre 2014 à 8h48,

“Ce qu’on a fait avec cette photo, c’est très bien !

Que le gouvernement respecte ses lois, et que les politiques se réveillent un peu !

La République c’est pour tout le monde !”



Raymond Gurême.




Le 17 décembre 2014 à 9h11

“Chaque soir en me couchant je me rappelle cette expérience très physique de me recroqueviller sur le sol d’une cabine téléphonique , froid, odeur, solitude en écho assourdi de bruits inquiétants.

- “Au secours Marco t’es toujours là ??? ” Il m’a dit de fermer les yeux et de me laisser aller au sommeil…

Je suis partie dans mes pensées puis dans des bouts de rêves et j’ai mis mes mains tout contre moi, mais comment dormir comme un ange en enfer…”



Martine Voyeux.




Le 11 juillet 2014 à 8h29

“Se lever un matin trop tôt et singer parterre un instant de sommeil, dans les rues vides de Paris que d’autres vivent à demeure.

J’ai honte d’imiter la misère. Je suis gênée de l’effleurer pour l’image et de retourner tout de suite au confort, à l’oubli quotidien de la chance.

Mais j’aurais eu plus honte encore de ne pas le faire. De ne pas prendre à moi ma honte. De préférer ne rien faire plutôt que de mal faire. Si d’avoir honte ou plus honte encore j’ai choisi la première option, j’ai bien conscience que ce choix lui aussi un luxe.”



Robi.




Le 16 juin 2014 à 7h20

“Déjà de s’allonger dans une cabine téléphonique pour une photo ça fout des frissons…

Alors d’ y coucher tous les soirs avec ses enfants j’imagine à peine la douleur et la honte que ca doit filer à une maman, un papa venu d’Europe de l’est ou de je ne sais de quel pays où on traitre les roms comme des chiens…

Et ben ici c’est pareil.

Mais l’argent dun pays comme la France ça doit servir à autre chose qu’à aider c’est ca ? Non mais dites moi… J’attends la réponse.”



Sanseverino.




Le 1 décembre 2014 à 8h41

“Matin blême, du jour de mon anniversaire à Paris, je suis couché dans une cabine téléphonique, pas loin de chez moi. Est-ce vraiment moi qui suis là, comme modèle des gens qui sont réellement SDF ? Est-ce un cauchemar ? Est-ce une représentation de mauvais goût ?

Cela dure un moment, je vais peut-être m’endormir vraiment, pendant que Marc Melki, qui a imaginé ce moment, fait ses photos.

Le bruit de la rue est assourdissant, comme amplifié par la cabine, une partie de mon corps dépasse à l’extérieur, je commence à avoir froid aux jambes Cela dure encore un moment. Je me demande, les yeux toujours fermés, si Marc est toujours là.

Peut-être est-il parti en me laissant vivre cette expérience jusqu’au bout, comme une farce faite à la mise en scène de la réalité ? Peut-être est-il agressé par un passant qui se demande si ce n’est pas un photographe voyeur, en train de voler une photo à un pauvre type qui dort dans une cabine.

Le temps est suspendu, il s’étire et je finis par me sentir presque bien dans cette posture. Tout cela n’est bien sûr rien lorsque l’on sait ce que peuvent vivre des familles entières, livrées à elles-mêmes. Roms de Roumanie ou venant d’ailleurs, étrangers de partout, qui arrivent à Paris, à grand peine, qui espère le minimum vital, de l’hospitalité, dans un pays riche.

Heureusement qu’il reste encore des cabines téléphoniques pour se protéger du froid. Bientôt elles aussi disparaîtront, comme les bancs des stations de métro devenus sièges individuels. S’impliquer jusqu’où, avec quelles associations ? Il y en a en France, heureusement, qui font le travail, qui donnent de leur temps, de leur énergie.

Il faut donc peut-être aider les associations, en participant, en donnant de l’argent. Je me réveille enfin. Marc a fait ses photos, on va boire un café.

De quoi avons-nous parlé, vous pouvez deviner.”



Serge Avédikian.




Le 14 octobre 2014 à 9h07,

“8h du mat Youmi et moi on a rencard avec Marc Melki, il fait un travail photographique merveilleux sur les Rrom’s qui vivent dans des cabines téléphoniques ou des abris bus de la capitale.

Il nous a demandé de nous mettre dans la peau d’un Rrom de cabine ou d’abris bus.

Marc, il est comme nous, outré non subventionné et livre son combat tout seul avec ses moyens du bord, il nous touche, n’ a rien à vendre et loue son énergie à titre gratuit dans l’urgence…

Il faut les aider, à survivre, aller à l’école, s’y maintenir.

Aujourd’hui plus qu’hier par ce que voici poindre l’hiver …”



Wallace Etyoumi.




Le 14 septembre 2014 à 8h52

“Ce matin, Marc Melki a débarqué chez moi avec son carton et ses couvertures, j’avais repéré hier la cabine téléphonique, près de la station Buttes-Chaumont. Il a étendu les cartons, je me suis allongée, et j’ai fermé les yeux.

Ces yeux fermés, c’est ce qui m’a le plus marqué la première fois que j’ai vu ses photos de familles roms, vivant dans la rue, place de la Bastille.

Marc Melki photographiait leurs yeux d’endormis, et c’était à nos yeux fermés qu’il s’adressait. Nos yeux accoutumés à la misère parisienne, ces corps couchés par terre, tissus et chairs emmêlés, poussettes-valises, jambes joufflues de bébés jaillissant des couvertures, hommes, femmes, vieillards, enfants.

Et dans le fond du décor, la ville qui s’éveille est floue, absente, pendant que des pigeons picorent le goudron, à leurs pieds.

Des centaines de photos, prises en maraude, des matins tôt. Et si c’était toi ?

Cela ne sera jamais nous, toi et moi. Pas ici, pas maintenant. La question, c’est plutôt celle-là : et toi, est-ce que tu vois ?“.



Sylvie Gracia.




Le 10 septembre 2014 à 9h30.



Yvan Le Bolloc'h.


©Marc Melki

+33 603 267 470
marcmelki.com
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@MelkiMarc